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La chirurgie plastique

La chirurgie plastique est avant tout une chirurgie de réhabilitation. Elle peut permettre dans bien des cas de préserver la vue d’un patient, de lui redonner la possibilité d’utiliser ses mains, et dans d’autres cas de lui redonner une apparence humaine. Il ne s’agit pas là d’une chirurgie à visée curative, permettant de sauver ou de prolonger des vies, mais plutôt d’une chirurgie de "seconde intention" qui ne peut être effectuée que lorsque la maladie initiale est tout à fait stabilisée, lorsqu’un malade est "blanchi" comme cela se dit pour les lépreux.

La chirurgie réparatrice n’intervient, en général, que plusieurs mois après l’épisode aigu. On se trouve alors en présence d’enfants parfois dramatiquement mutilés, ne pouvant plus s’alimenter correctement, ayant les mâchoires soudées avec parfois une absence complète du nez, des lèvres, des joues ou même des paupières. Les reconstructions sont donc extrêmement complexes pour les raisons suivantes:
  • aucune intervention ne peut être pratiquée sans anesthésie générale puisqu’il s’agit la plupart du temps de petits enfants
  • si on veut éviter une trachéotomie, le seul mode d’intubation sûr doit être effectué au moyen d’un fibroscope
  • toutes les reconstructions sont pratiquées dans un milieu plus ou moins septique au niveau de la bouche, du nez et des sinus maxillaires
  • on peut difficilement compter sur la collaboration active d’un petit enfant pour des exercices d’ouverture de la bouche
  • même dans des conditions optimales, ces reconstructions complexes nécessitent la combinaison de toute une série de techniques chirurgicales délicates: greffes osseuses, greffes de peau et de muqueuse, lambeaux cutanés, musculaires, musculo-cutanés, lambeaux libres par microchirurgie, etc.
  • la reconstruction que l’on effectue chez un enfant ne suit pas forcément la croissance faciale, on sera peut-être appelé à refaire un geste chirugical à l’âge adulte.


Malgré tous ces inconvénients, il paraît impensable de laisser ces enfants survivre avec de telles mutilations, si on possède les moyens de les corriger même partiellement. Les résultats obtenus chez une quinzaine d’enfants soignés à Genève montrent l’énorme bénéfice que chacun d’eux a pu obtenir.

La chirurgie plastique et reconstructive joue un rôle capital dans les pays du tiers monde. C’est en effet là, plus qu’ailleurs, que l’on rencontre des mutilations esthétiques et fonctionnelles pouvant provoquer la déchéance d’un individu alors qu’aucune raison physique ne l’empêche de survivre de longues années. Le grand problème qui se pose est l’organisation de ces traitements et leur réalisation pratique.

Lorsqu’il s’agit d’enfants souffrant de séquelles de noma graves, la moindre erreur au niveau de l’anesthésie ou de la réanimation peut entraîner leur décès. D’autre part, des reconstructions importantes nécessitent souvent plusieurs temps opératoires, qui doivent être effectuées par des spécialistes ayant derrière eux une longue formation chirurgicale, ce qui ne peut être réalisé en une seule mission chirugicale.

Denys Montandon
Chirurgie de la lèpre et du noma
(Extrait de Médecine et Hygiène, 49: 2532-2536, 1991)


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