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Le mariage de Sibidou et Ousseini
Ousseini est un jeune Burkinabé de 26 ans. Il est d'ethnie mossie, mais vit à Koundougou, près de Bobo Dioulasso, où les Mossis sont minoritaires. Ses parents s'y sont installés il y a plusieurs années.

Frappé par le noma à l'âge de trois ans, Ousseini en a beaucoup souffert. Aucun membre de sa famille n'a pu relater les circonstances du début de la maladie. Petit, il partait aux champs avec ses parents et, peu à peu, il a appris à tisser des nattes qu'il vendait pour gagner un peu d'argent. Ousseini est un jeune homme honnête et respectueux.

Il a été opéré une première fois au Burkina Faso en 1999, puis l'année suivante, il a été transféré en Suisse pour une intervention de chirurgie reconstructive à l'hôpital universitaire de Genève, réalisée par le Professeur Denys Montandon et son équipe. L'opération a été fructueuse. Une greffe de peau a permis de combler un trou à la commissure de sa lèvre, et Ousseini était très content de son nouveau visage. Du jour au lendemain, il a enfin pu sortir sans avoir honte de regarder les gens. À son retour au Burkina, il a écrit une lettre de remerciements aux médecins suisses.

À la maison d'accueil de Bobo Dioulasso, où il a longuement séjourné, Ousseini a fait la connaissance d'une jeune femme de 28 ans, du nom de Sibidou, qui a aussi eu le noma vers l'âge de trois ans. Sa mère nous a expliqué que cela a commencé par un bouton sur la lèvre supérieure, lequel, par la suite, est devenu une plaie. Sibidou a été soignée de manière traditionnelle, ce qui n'a bien sûr pas enrayé l'évolution du noma. Elle a cependant survécu à la maladie, mais en a gardé des séquelles graves et effrayantes. C'est seulement deux ans plus tard qu'elle a été vue par un infirmier.

Sibidou a aussi souffert moralement de sa maladie car elle ne pouvait jamais sortir de la cour familiale ni se rendre au marché de son village. Malgré cela, Sibidou n'est pas du tout timide, elle a même la langue bien pendue.

Sibidou a été transférée en Suisse, à l'Inselspital de Berne en 1999, où elle a subi plusieurs interventions chirurgicales par le Professeur Banic, tant ses séquelles étaient importantes. Bien que la perfection n'existe pas dans ce domaine, son nouveau visage est un petit miracle. Les traces visibles de la reconstruction d'un visage aussi détruit que celui de Sibidou auraient de quoi complexer plus d'une jeune femme. Toutefois, elle n'éprouve aucune honte et reste toujours souriante, insouciante et bien intégrée dans sa famille.

Sibidou et Ousseini sont tombés amoureux l'un de l'autre lors de leur séjour à Bobo. Ils ont décidé de vivre ensemble dans le village d'Ousseini, à Koundougou. En vue du mariage, Ousseini a accompagné Sibidou dans son village afin d'être présenté à ses beaux-parents et de recevoir leur bénédiction. Il y est retourné plus tard pour célébrer le mariage coutumier en apportant la dot d'usage: un poulet, du sel, du soumbala (condiment local), de la cola, et un canari de dolo (bière de mil). Sibidou et Ousseini viennent de la même ethnie, ce qui a facilité leur union. Lorsque leur petite fille Sanata est née, ils ont voulu l'exciser, comme le veut la coutume dans la région. Nous les avons informés des graves conséquences de cette tradition et vigoureusement dissuadés. Ils ont promis de ne jamais la faire exciser et ont tenu parole jusqu’à aujourd'hui.

Ils possèdent un champ de trois hectares, mais, sans disposer d'équipement agricole, leur début dans la vie de couple aurait été difficile. C'est pourquoi Sentinelles leur a offert une charrue, une charrette et un âne de trait. Avec cette aide, ils font de bonnes récoltes de petit mil et de sorgho, qu'ils revendent en partie. Leur grenier reste plein presque toute l'année. Nous avons aussi financé la construction d'une petite maison tôlée pour le jeune couple dans la cour familiale. Ils sont maintenant pratiquement autonomes, mais nous continuerons à les suivre jusqu'à ce qu'ils deviennent assez responsables pour se débrouiller seuls, ce qui, nous l'espérons, ne saurait tarder.

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