|
|
 |
Quatorze ans. Elle est laînée de la famille. Son père et sa mère se sont mariés très jeunes (lui, à seize ans, elle, environ dix). Dès son jeune âge, Nana a participé aux travaux ménagers. Souvent, elle y subvenait seule. Elle était estimée au village et dans les environs.
Au début de 1991, un jeune homme l’a demandée en mariage. Elle en était très heureuse. Une dot, fort appréciée de par sa qualité et sa quantité, a été versée par la famille du jeune homme. Mais voilà que, quelques jours avant son mariage, Nana tombe malade. Pendant une semaine, elle a eu une fièvre très élevée, suivie d’un bouton sur la joue. La famille a dû recourir à des guérisseurs qui lui ont donné des médicaments traditionnels. Après trois jours sans résultats, le père s’est adressé aux secouristes de Kwana, lesquels, sans avoir vu Nana, ont conseillé du mercurochrome. N’observant rien de favorable, le père l’a accompagnée au Centre médical de Mirria, où les infirmiers ont eu à regretter tout le retard.
Elle y est restée pendant 29 jours. C’était en novembre 1991. Tout cela, en vain. La joue était tout le temps infectée; elle a fini par présenter une perforation du nez. Le jeune homme qui l’avait demandée en mariage a tout annulé. Il est venu reprendre la dot. Nana en a terriblement souffert.
Il a fallu l’arrivée d’Yvan (Sentinelles) pour qu’elle soit hospitalisée à l’hôpital de Zinder. Ce qui a donné une certaine amélioration. Mais, malheureusement, sa mâchoire était déjà bloquée. Nana souffre doublement: de sa maladie, et de son mariage qui n’a pas eu lieu. Depuis lors, elle n’ose pas aller chez ses amis, au village. A la maison, elle continue à travailler comme avant. Sa famille l’aime et l’apprécie beaucoup, son père lui reconnaît un courage exceptionnel.
En dehors du noma, Nana n’a jamais souffert d’autres maladies. Elle mange toujours avec appétit. Le seul ennui, dans son manger, c’est qu’il lui faut des heures pour finir sa ration qu’on lui donne toujours à part. Ceci, à cause de la contracture des mâchoires, qui l’empêche d’introduire quelque morceau que ce soit, et de mastiquer.
Je l’ai moi-même observée pendant qu’elle mangeait. J’en avais le coeur serré.
|
|
|