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A nous de leur rendre ce que l’on peut de leur visage assassiné par le noma:
ils sont vivants, rient avec ce qui reste, et jouent.
Harouna est né en 1995 aux confins du désert, dans la région de Tanout au Niger. Il est issu de l’ethnie Peuhl Bororo qui ont une tradition d’éleveurs de petits et grands ruminants. Chez eux, comme pour beaucoup de nomades, on ne parle pas de «village», mais plutôt du «site habituel» ou du «puits reconnu» pour désigner la région où la famille passera les mois de saison sèche. Le site habituel de la famille d’Harouna est un puits qui porte le nom de son grand-père paternel: «Rizia Dabo». Cette grande famille y revient perpétuellement car ce puits se trouve être la seule infrastructure existante de cette région. Constamment en déplacement, Harouna et les siens émigrent, lors de la saison des pluies, dans le vaste Nord-Niger à la recherche de pâturages, s’éloignant ainsi des champs cultivés par les ethnies d’agriculteurs sédentaires. La famille d’Harouna est grande: le père, Hamodi, a trois femmes et quinze enfants. Djoda, la mère d’Harouna, est sa deuxième épouse. Tous se portent bien car ils sont nourris au lait de vache trait à chaud, les produits laitiers composant le septante pour cent de leur menu quotidien.
Pourtant, à l'âge de 3 ans, Harouna tombe malade. Une longue série de fièvre due au paludisme l'affaiblit considérablement. Peu après, la mauvaise hygiène bucco-dentaire aidant, une infection s’installe et sa maman constate le gonflement anormal de la joue droite de son fils. Elle relève aussi la mauvaise odeur qui s’en dégage. Très vite la joue de l’enfant présente un œdème, l’odeur devient fétide et repoussante. Cinq jours après le début de la maladie, Hamodi décide de partir avec son fils. Il prépare les ânes et avec Djoda, ils prennent le chemin de Kakoram. A leur arrivée, le major du petit Centre de santé les renvoie à l'Hôpital de district de Tanout où il est décidé de référer Harouna de toute urgence au Centre de Sentinelles à Zinder.
Harouna nous arrive dans un état général déplorable, dénutri et anémié. Ses parents, qui ont pratiquement perdu tout espoir, n’attendent plus de miracle. Le petit doit être transfusé à l’hôpital de Zinder. Deux jours plus tard, toute la partie nécrosée de son visage tombe, laissant un trou à la place de la joue droite. Après quelques jours d’alimentation par sonde naso-gastrique, Harouna reprend des forces. Il arrive à manger par lui-même et recommence à jouer. Un mois plus tard, Harouna a complètement récupéré, sa lésion est cicatrisée mais les séquelles sont importantes.
Le processus de destruction et de cicatrisation des tissus a développé aussi une contracture permanente des mâchoires. En plus du trou qui lui mutile le visage, Harouna, mâchoires soudées, a une peine immense à s'alimenter.
Inopérable au Niger, Harouna doit attendre que Sentinelles trouve une possibilité de prise en charge opératoire en Suisse.
En octobre 2002, Harouna quitte le Niger pour la Suisse afin d’y être opéré. A son arrivée Harouna se montre calme mais très méfiant et réservé. Il faut un peu de temps avant de voir apparaître sur son visage les premiers signes de détente et de gaîté. Petit à petit, il s’ouvre, devient tendre et affectueux. Entre les phases opératoires, il est accueilli à «La Maison» de Massongex. Harouna revient un peu déboussolé de l’hôpital et a besoin de temps pour accepter son nouveau visage et découvrir l'usage de sa bouche qu'il peut maintenant complètement ouvrir. Les exercices intensifs et quotidiens de physiothérapie occupent une partie de ses journées, Harouna doit les intégrer parfaitement s’il veut éviter une nouvelle constriction de sa mâchoire.
Il est de retour dans sa famille six mois plus tard. Harouna assiste à l’école de manière régulière, ses camarades le protègent. Des séjours au Centre d’accueil de Sentinelles sont parfois nécessaires pour veiller à son ouverture buccale. Agé maintenant de 9 ans, Harouna n’est pas très motivé à faire ses exercices, souvent douloureux, de physiothérapie. Lors de notre visite, le directeur de son école nous a promis d’y être particulièrement attentif.
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