Histoires de vies > Diamondra

 


Diamondra est âgée de 7 ans quand sa mère quitte le foyer conjugal en laissant ses trois enfants: elle, sa sœur aînée, maman célibataire d’une petite fille, et son frère qui a quitté le village depuis longtemps. C’est une jeune femme de 21 ans lorsque nous la rencontrons à son entrée à la prison d'Antanimora en 2002. Elle est alors enceinte et a accouché d’une mignonne petite fille, Vatsoa, pendant son incarcération, en février 2003.

À sa libération, Diamondra et Vatsoa («Diamant» et «Perle» en malgache) sont accueillies dans notre famille d’accueil à Fenoarivo, en attendant de leur trouver une maison et, pour la maman, une activité lui permettant de subvenir à leurs besoins.

Tout semble bien aller, puis des rumeurs commencent à circuler dans le fokontany (conseil de quartier): Diamondra serait une «fille de mauvaise vie». Tant et si bien que la voilà chassée du quartier malgré les discussions tenues entre notre assistante sociale et le président du fokontany.

L’assistante sociale raccompagne alors Diamondra dans son village natal, auprès de son père et de sa sœur. Mais quelques jours plus tard, Diamondra quitte le village et, malgré les recherches entreprises, on ne la trouve pas. Le plus inquiétant c'est qu'elle a emmené Vatsoa, et Diamondra n’est pas ce qu’on peut appeler une mère «modèle».

Puis un jour, l'assistante sociale aperçoit Diamondra dans un taxi-B (taxi-brousse). Elle suit le taxi et, lors d’un arrêt, parvient à la faire descendre. Diamondra est seule, sans Vatsoa. Elle raconte des histoires pas claires du tout, dit que la petite est ici, puis là. C’est finalement lorsque l'assistante sociale la menace d’aller à la police que Diamondra prend peur et avoue qu’elle a abandonné Vatsoa dans un centre d'accueil. Pour compliquer davantage les choses, ce centre fait l’objet d’une enquête judiciaire pour soupçon de trafic d’enfants avec la France. Quelques jours plus tard d’ailleurs, la responsable du centre, et plusieurs autres personnes se retrouvent en prison. Les enfants ont été dispersés dans d’autres centres. Jusqu’ici on ne sait où trouver Vatsoa car les enfants ont été placés dans différents centres.

Diamondra est entendue par la juge d'enfants, avec qui nous avons une bonne collaboration. Celle-ci décide, en attendant l’audience, de la faire rapatrier dans son village sous la surveillance de son père.

Lundi matin aura lieu l'audience et une décision devra être prise concernant l’avenir de Vatsoa et celui de Diamondra qui risque bien de se retrouver en prison. Vendredi nous allons chercher Diamondra, son père et sa grande sœur au village. Ils passeront le week-end à Fenoarivo, et nous nous réunirons tous samedi après-midi pour faire le point avant l’audience. Ce qui est important c’est de savoir qui accueillera Vatsoa, car la juge a déjà certifié qu’elle ne la confierait pas à sa mère «irresponsable».

Après avoir examiné la situation familiale, et bien que le grand-père, qui a l'air d'un brave homme, soit prêt à accueillir la petite, nous pensons que cela ne serait pas souhaitable. En effet, il est remarié et ses trois enfants, encore petits, vivent dans un état de saleté impressionnant. Sa femme s’en occupe très mal. Cette famille, disposant de très peu de terre à cultiver, vit difficilement.

La sœur de Diamondra, qui s'occupe bien de sa petite fille, ne souhaite pas prendre en charge Vatsoa. Elle n’est pas certaine de rester encore longtemps au village, viendra peut-être à Tana chercher du travail et ne veut donc pas s’engager.

Au fil de la discussion, une autre possibilité apparaît. Le papa propose son fils qui vit mieux que lui, a plus de terres à cultiver et plus de moyens. Mais il est marié et il faut voir si sa femme accepte.

Nous allons aussitôt au tribunal pour demander à la juge de repousser l’audience afin de nous laisser le temps de rencontrer le frère. Elle accepte notre proposition. C'est une personne sympathique et humaine qui parle avec fermeté mais sans dureté. Son regard sur cette famille est plutôt compatissant.

La recherche du frère de Diamondra

Nous partons à 7h du matin avec le papa qui est le seul à connaître le chemin. Après deux bonnes heures de route, nous quittons le goudron pour la piste. Si le paysage est merveilleux, la piste elle, est par endroits vraiment catastrophique. D’abord il faut passer un «pont» fait de deux troncs, dont un est bien mince, qu’il vaut mieux ne pas rater. Puis, de grandes parties de piste complètement détériorées par les pluies et les cyclones, avec un véritable ravin d’un bon mètre qui serpente en plein milieu. D’un côté la montagne, de l’autre le vide… Il faut donc guider le chauffeur, petit bout par petit bout, un peu d’un côté, un peu de l’autre, tout droit… doucement! Si l’espace entre les roues de notre véhicule était de 20 cm plus étroit, il serait impossible de passer! Plus loin, il faut partir en reconnaissance, car il y a deux pistes dont l’une, boueuse, monte très raide. Celle qui semble plus accessible est barrée plus haut par un arbre en travers. Il n’y a pas le choix, il faut grimper. Malgré quelques glissades, arrivés en haut, nous nous arrêtons un peu pour manger un morceau. Selon le papa, nous sommes bientôt arrivés.

Après cinq heures et demie de route, nous atteignons le village et trouvons la maison du frère. C'est sa femme qui nous reçoit car son mari est au village voisin. Nous allons le chercher. La discussion qui s’en suit est longue. Le frère est d’accord de prendre Diamondra chez lui. Elle pourra y travailler au petit «hôtel» qu’il est en train de construire et qui accueillera les camionneurs. Le problème c’est qu’il ne peut pas venir à Tana maintenant. Il doit terminer la récolte du riz et la construction de la maison, ensuite c’est son tour de garder les zébus de la maison. Sa femme qui a tout de suite accepté l'idée, essaie elle aussi de le pousser un peu, mais rien n’y fait. Il faut lui laisser deux mois, puis il viendra à Tana pour l’audience.

Nous quittons le village vers 17 heures. La nuit va tomber et il est impossible de repasser par le même chemin. Contraints d'emprunter l’autre piste, plus longue mais moins dangereuse, c'est à 2 heures du matin, fourbus, que nous atteignons Tana.

Vatsoa retrouvée

Suite à de nombreuses et longues recherches, nous l'avons retrouvée au centre K. Mais, pour l'en faire sortir, il nous faut obtenir les autorisations officielles nécessaires qui nous mettront à l’abri de tout soupçon. Nous aussi, malgré notre bonne foi, pourrions être soupçonnés de trafic d’enfant, ce qui mettrait tout notre travail à Mada en péril.

Après plusieurs visites au commissariat, puis au tribunal, nous obtenons enfin le droit d’aller chercher Vatsoa pour la mettre en sécurité dans notre centre d’accueil en attendant la décision de Mme la Juge. C’est donc accompagnées d’une commissaire, plus ou moins collaborante, que nous arrivons au centre K. Après de longues palabres avec la dame nouvellement en charge (l’ancienne responsable est en prison), nous pouvons enfin serrer Vatsoa dans nos bras. Quelle joie et quel soulagement! La petite a bonne mine, elle est dodue et bien portante. Elle est un peu craintive mais reconnaît l’assistante sociale et accepte qu’elle la prenne dans ses bras. Vatsoa est amenée dans notre famille d’accueil qui s’occupera d’elle en attendant de retrouver sa famille.

Aux dernières nouvelles, l’audience a eu lieu. Le frère, le père, Diamondra et sa grande sœur étaient tous présents. La juge a attribué la garde de Vatsoa à son oncle. Vatsoa, Diamondra, sa sœur avec sa petite fille et son frère ont fait ensemble le voyage de retour au village.


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