Histoires de vies > Deepak et Deepen

 


Lors de notre première rencontre avec Deepak, en septembre 1997, il traînait, affamé, dans les rues de Kathmandu. Alors âgé de 8 ans, il était maigre et hagard, vivait et dormait dans la rue, mangeait grâce à la générosité des passants. Il a donc été accueilli dans notre maison où vivaient déjà une trentaine d’autres enfants. N’ayant jamais été scolarisé, il a tout d’abord suivi des cours d’appui scolaires, avant d’être admis à l’école voisine quelques mois plus tard.

Peu a peu, nous avons appris son histoire. Issus d’une famille très pauvre vivant dans l’Est du Népal, ses parents ne se sont jamais vraiment occupés de lui. Sa mère avait mauvaise réputation, elle buvait et recevait des hommes chez elle ; il semble même qu’elle envoyait Deepak lui chercher des «clients». Son père, incapable de faire face, a quitté la maison familiale et n’a plus jamais donné de nouvelles. Peu de temps après le départ de son mari, sa mère est entrée en conflit avec sa belle-mère et a rejoint sa propre famille, en laissant Deepak et son petit frère Deepen (âgé alors d’un an) avec leur grand-mère paternelle. Deepak a travaillé comme domestique dans un restaurant où il finissait les verres d’alcool des clients et a rapidement adopté un comportement délinquant. Il a fini par s’enfuir et est arrivé à Kathmandu, quelques mois avant notre rencontre.

En grandissant, malgré l’atmosphère familiale de la maison d’accueil, le comportement de Deepak est devenu de plus en plus difficile. Il attachait un soin particulier à son habillement, se regardait sans cesse dans la glace d’une manière très efféminée. Mais surtout il mentait beaucoup, se mettait constamment en valeur en repoussant les autres enfants, et nous commencions même à le suspecter de vols.

Des visites régulières avec Deepak au village nous ont permis de faire la connaissance de son petit frère Deepen, alors âgé d’environ 7 ans, qui vivait chez sa grand-mère dans des conditions déplorables. La grand-mère ne pouvait pas le contrôler et le petit promettait de suivre le chemin de son frère. Nous l’avons tout d’abord inscrit à l’école du village en espérant qu’elle lui offrirait un cadre propice à son développement. Après quelques mois, nous avons tout de même décidé de le retirer de ce milieu trop instable et c’est avec un grand bonheur qu’il a retrouvé son frère à la maison d’accueil

Leur mère avait refait sa vie dans un village voisin, sans se soucier d’eux. Néanmoins, les enfants étant très attachés à leur famille (mère et grand-mère), ils y séjournaient pour des périodes de vacances.

En 2001, à sa demande, nous avons tenté de réintégrer Deepen dans sa famille. Malheureusement, lors d’une visite de suivi quelques mois plus tard, nous l’avons trouvé dans un état lamentable. Il était méconnaissable : amaigri, les yeux tristes, sale et boitillant. Sa grand-mère est alcoolique et cela se voyait sur son visage cerné. Nous avons demandé à Deepen s’il vouait rester, et sa réponse fut immédiate : il ne voulait pas, il voulait venir avec nous, tout de suite. Nous avons échangé ses haillons contre les vêtements que nous lui avions apportés et l’avons ramené avec nous. Dans la voiture, son sourire est bien vite revenu et il a englouti rapidement un paquet de biscuits entier. Il a retrouvé son frère avec joie et nous les avons inscrits tous les deux dans un internat proche du village familial pour y continuer leurs études dans un environnement protégé.

Les années passant et malgré la stricte discipline régnant dans les internats népalais, le comportement de Deepak, devenu adolescent, s’est dégradé et le directeur a refusé de le garder. Nous nous sommes is à la recherche d’un nouveau lieu d’accueil et avons trouvé un centre de formation créé par une association britannique, à Pokhara, dans l’ouest du Népal.

C’est dans cet environnement de nature, hors des tentations de la capitale, que Deepak vit depuis l’été 2004. Le suivi psychologique et l’éducation de qualité que cette institution met à disposition des pensionnaires nous laissent espérer que Deepak saura, avec le temps, s’épanouir et s’équilibrer.

Deepen étudie toujours en internat et s’améliore dans tous les domaines, maintenant qu’il ne subit plus quotidiennement l’influence négative de son frère. Ils se voient pendant leurs vacances, mais le dernier séjour des enfants dans leur famille a été catastrophique : Deepak rôdait, buvait et volait, attirant sur sa mère les représailles violentes de son beau-père. Deepen, terrorisé, craignait sans cesse un nouvel accès de violence familiale. Il a donc été décidé, d’un commun accord avec l’équipe de suivi et leur famille incapable de faire face, qu’ils n’y retourneraient plus pendant quelque temps.

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