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L’accompagner dans son envol à sa vie

Tu deviens responsable pour toujours
de ce que tu as apprivoisé.

Antoine de Saint-Exupéry


L’ACCOMPAGNEMENT contient tout:

de la découverte de l’enfant dans son pays et sa famille, jusqu’au moment de lui rendre sa vie, sinon telle qu’elle lui était due, du moins réparée autant qu’on l’aura pu. Ensuite, lui tenir compagnie, au cours d’une existence dont subsiste l’espoir qu’elle lui soit douce, ou moins cruelle.
Indépendante. Ou entre nos bras, s’il le faut, selon ses droits et nos devoirs.

D’autant que tout est à protéger, de ces vies écorchées, que guette le rejet. Dans un sens ou dans l’autre: la famille qui rejette l’enfant, l’enfant qui rejette sa famille, ou l’enfant qui ne s’accepte plus.

Autour d’eux, la peur, la curiosité, la terreur. Enfant porte-malheur, mauvais oeil et sorcier. Rejeté. En lambeaux. L’oeil coulé, la tête en champ de bataille, la bouche en charnier. L’inconsolable descente aux pires solitudes.

Nous les avions apprivoisés et nous en sommes responsables.

L’accompagnement est un jardin vivant, aux pétales déchirés et sanglants, à consoler et à porter au soleil, qui appartient à tout le monde.

Nous leur devons, désormais, la rose, la soupe, le pain, la vie. L’école, le métier et de quoi l’exercer. Ensemble sans lequel tout accompagnement serait indigne de ce nom.

L’inaugural baiser de la rencontre, au moment où l’on se considère, avant d’oser se regarder, puis se contempler, nous oblige à la fidélité. Il fallait bien ramasser par terre ces oiseaux blessés mais pas morts. Il suffit que la vie nous les ait proposés.

Il est hors de question de leur dire :
" Je ne t’ai jamais vu, va-t’en ".
Au contraire, sur une même terre, viendra le temps où chantera le rossignol.

Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai.

Se donner la main et marcher en guirlande, infirmières, doctoresses et docteurs, convoyeuses, convoyeurs, familles et maisons d'accueil ...
Voilà comment, voulu ou non, on apprivoise.
L'autre et soi-même.

Ces innocents meurtris, remis entre nos mains par la force des êtres et la faveur des circonstances, nous avons le privilège terrible de leur appartenir.


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